Calanque de Sugiton : petite criques, eau turquoise et randonnées au Sud de Marseille

La calanque de Sugiton, près de Marseille, offre une parenthèse naturelle avec ses sentiers escarpés et ses eaux transparentes. Un écrin de tranquillité à découvrir absolument.

Article posté le
12 janvier 2026

Panorama de la calanque de Sugiton

Nous y sommes arrivés par un matin de septembre, alors que la lumière rasante dessinait de longues ombres sur les sentiers de Luminy. Le bus 21 nous avait déposés au pied des collines, là où la ville s’arrête net, comme si Marseille avait décidé de s’effacer au bord du vide. Devant nous, un panneau discret indiquait : « Calanque de Sugiton – Réservation obligatoire en été ». Autour, des randonneurs ajustaient leurs chaussures, tandis qu’un couple de retraités sortait des bâtons de marche de leur sac. Personne ne parlait fort. Comme si le lieu imposait déjà son rythme : lent, patient, presque sacré.

Et puis, il y a eu ce premier virage. Le sentier s’est rétréci, bordé de pins parasols dont les branches griffaient le ciel. L’air embaumait le thym chauffé par le soleil, mêlé à une odeur saline venue de la mer. En contrebas, entre deux falaises blanches, une langue d’eau turquoise scintillait. Sugiton. Pas la plus grande, ni la plus célèbre, mais celle qui, ce matin-là, nous attendait comme un secret bien gardé.

Des moines aux randonneurs : une histoire gravée dans la pierre

Sugiton n’a pas toujours été ce havre de paix pour marcheurs et baigneurs. Jadis, ces terres appartenaient aux moines de l’abbaye Saint-Victor, qui y faisaient paître leurs troupeaux et cultivaient la vigne sur les terrasses étroites. Les jas, ces anciennes bergeries en pierre sèche, en témoignent encore. L’un d’eux, le Jas de Sugiton, se dresse toujours près du sentier, à moitié englouti par la garrigue. En s’approchant, on devine les murs épais, construits pour résister aux vents violents qui balaient parfois la côte. Les bergers y vivaient des mois durant, isolés du monde, avec pour seule compagnie le bruit des vagues et le chant des cigales.

Mais l’histoire de Sugiton remonte bien plus loin. À quelques kilomètres à vol d’oiseau, la grotte Cosquer, découverte en 1985, révèle des peintures rupestres vieilles de 30 000 ans. Des chevaux, des bisons, des phoques et même des manchots — oui, des manchots — y sont représentés, preuve que la Méditerranée était bien différente à l’époque. Sugiton, elle, n’a pas livré de tels trésors. Pourtant, en marchant sur ses sentiers, on imagine sans peine les chasseurs préhistoriques descendant vers la mer pour pêcher, ou les Grecs de Massalia y accostant avec leurs amphores. La roche calcaire, usée par le temps, porte les stigmates de ces passages. Par endroits, elle est lisse, polie par des siècles de pas humains et animaux. Ailleurs, elle se fissure, révélant des strates qui racontent des millions d’années d’histoire géologique.

Au XIXe siècle, Sugiton devient un lieu de villégiature pour les Marseillais aisés. Des cabanes de pêcheurs apparaissent, et des familles entières viennent y passer l’été, loin de l’agitation du Vieux-Port. Aujourd’hui, il ne reste presque rien de ces constructions éphémères. Seules quelques fondations en pierre, à moitié cachées par les herbes folles, rappellent cette époque. Comme si la nature avait repris ses droits, effaçant doucement les traces de l’homme pour ne laisser que l’essentiel : la mer, le ciel et la roche.

Marcher, nager, rêver : ce que Sugiton éveille en nous

La randonnée : un chemin qui se mérite

Le sentier qui mène à Sugiton n’est pas une promenade de santé. Dès les premiers mètres, la pente se fait sentir. Le dénivelé est modeste — environ 150 mètres — mais la roche, glissante par endroits, et la chaleur, souvent écrasante, transforment la balade en une petite épreuve. Nous avons croisé une famille avec deux enfants en bas âge, le père portant le plus jeune sur ses épaules, tandis que la mère encourageait l’aîné à avancer. « Encore un peu, on arrive au belvédère ! », lançait-elle. Et puis, soudain, le paysage s’est ouvert.

Depuis le belvédère de Sugiton, la vue coupe le souffle. À nos pieds, la calanque s’étire comme un fjord miniature, encadrée par des falaises blanches plongeant dans une eau d’un bleu intense. En face, l’île de Riou se détache à l’horizon, sauvage et mystérieuse. Le vent souffle par rafales, apportant avec lui des embruns salés. Nous nous sommes assis sur un rocher plat, les jambes dans le vide, pour contempler ce spectacle. En contrebas, des baigneurs faisaient la planche, leurs silhouettes minuscules contrastant avec l’immensité du paysage. « On se croirait en Grèce », a murmuré une jeune femme à côté de nous. Pas tout à fait. Ici, pas de maisons blanches ni d’églises bleues. Juste la roche, la mer et le ciel, dans une simplicité presque brutale.

La descente vers la plage est plus technique. Le sentier serpente entre les buissons de romarin et les genévriers, et il faut parfois s’aider des mains pour ne pas glisser. Mais l’effort en vaut la peine. Arrivés en bas, nous avons posé nos sacs sur les galets chauds et plongé sans hésiter. L’eau était fraîche, presque froide, mais d’une limpidité incroyable. À quelques mètres du rivage, on distinguait encore les cailloux au fond, couverts d’algues vertes. Un poisson argenté a filé entre nos jambes, et nous avons ri comme des enfants.

L’heure où la calanque s’anime (ou se tait)

Sugiton a ses rituels. Le matin, ce sont les randonneurs qui dominent : ceux qui veulent profiter de la fraîcheur et de la lumière dorée pour leurs photos. Vers midi, les familles arrivent, avec leurs glacières et leurs serviettes colorées. Les enfants courent sur les galets, tandis que les parents installent des parasols de fortune. L’après-midi, les amateurs d’escalade prennent le relais. Les falaises de Sugiton, moins fréquentées que celles de Morgiou ou Sormiou, attirent les grimpeurs en quête de tranquillité. Nous avons observé un groupe, accroché à la paroi comme des fourmis, leurs cris joyeux résonnant contre la roche.

Et puis, il y a le soir. C’est le moment que nous avons préféré. Vers 18 heures, la plupart des visiteurs repartent, et la calanque retrouve son calme. Les derniers baigneurs traînent dans l’eau, savourant les dernières lueurs du soleil. Les ombres s’allongent, et la lumière devient douce, presque dorée. C’est l’heure où l’on entend à nouveau le clapotis des vagues contre les rochers, le cri des goélands, le bruissement du vent dans les pins. Nous nous sommes allongés sur les galets, les yeux fermés, bercés par ces sons. Quelqu’un avait allumé un petit feu un peu plus loin, et l’odeur de la fumée se mêlait à celle de la mer. « On reste jusqu’à la nuit ? », a proposé un ami. Nous sommes restés.

Belvédère de Sugiton

Ce que Sugiton ne dit pas (mais qu’on devine)

Certains lieux se livrent facilement, d’autres gardent leurs mystères. Sugiton fait partie de la seconde catégorie. Ici, pas de panneaux explicatifs, pas de guides touristiques, pas de boutiques de souvenirs. Juste la nature, dans toute sa rudesse et sa beauté. Pourtant, en observant attentivement, on découvre des détails qui en disent long.

Par exemple, ces marques gravées dans la roche, près de la plage. Des initiales, des dates — « J + M, 1982 », « L. était là » —, témoignages silencieux d’amours passagères ou de promesses éternelles. Ou encore ces petits tas de pierres, soigneusement empilés par des visiteurs anonymes, comme des offrandes à la calanque. Et puis, il y a les déchets. Malgré les efforts du parc national, on en trouve encore : des bouteilles en plastique, des mégots, des emballages oubliés. « C’est le prix à payer pour la beauté », a soupiré une randonneuse en ramassant une canette rouillée. Peut-être. Mais Sugiton mérite mieux.

Pourquoi Sugiton ? Parce qu’ici, la Méditerranée respire encore

Une authenticité qui résiste

À une demi-heure de Marseille, Sugiton offre ce que les calanques plus touristiques — comme En-Vau ou Cassis — ont parfois perdu : une authenticité brute. Ici, pas de restaurants, pas de locations de paddle, pas de files d’attente pour un sandwich. Juste la mer, les galets et le ciel. Les visiteurs viennent pour cela : pour se sentir loin de tout, alors qu’ils ne sont qu’à quelques kilomètres de la ville.

Cette authenticité se ressent dans les détails. Dans la façon dont les locaux parlent de Sugiton — « C’est notre coin à nous » —, comme s’ils en étaient les gardiens. Dans la manière dont les randonneurs se saluent sur le sentier, avec un sourire complice, comme pour dire : « On fait partie des chanceux qui connaissent ce lieu ». Et dans cette impression, en arrivant, de découvrir un endroit préservé, presque intact, où la nature dicte encore sa loi.

Un équilibre fragile

Pourtant, Sugiton n’est pas à l’abri. En 2020, un incendie a ravagé une partie du massif des Calanques, rappelant la vulnérabilité de ce paysage. Depuis, l’accès est réglementé en été — réservation obligatoire, nombre de visiteurs limité —, et des patrouilles surveillent les sentiers pour éviter les départs de feu. Ces mesures peuvent sembler contraignantes, mais elles sont nécessaires. Sans elles, Sugiton risquerait de subir le même sort que d’autres sites naturels, victimes de leur succès.

Nous avons discuté avec un garde du parc national, un homme d’une cinquantaine d’années, la peau burinée par le soleil. « Les gens ne se rendent pas compte, a-t-il dit en désignant les falaises. Ces roches, ces plantes, cette eau… Tout ça existe depuis des millénaires. Et en quelques décennies, l’homme a failli tout gâcher. » Il a marqué une pause, avant d’ajouter, presque à voix basse : « Mais ici, on résiste. »

Une invitation à ralentir

Sugiton n’est pas un lieu que l’on visite en coup de vent. Il faut du temps pour l’apprivoiser : le temps de marcher jusqu’au belvédère, le temps de descendre vers la plage, le temps de s’asseoir sur un rocher et de regarder la mer. Ici, tout invite à ralentir. Les vagues qui viennent mourir sur les galets. Le vent qui caresse les falaises. Le soleil qui décline lentement, teintant la roche de rose et d’orange.

C’est peut-être cela, la vraie singularité de Sugiton : ce pouvoir qu’elle a de nous faire oublier le reste. Pas de réseau téléphonique, pas de notifications, pas de bruit de moteur. Juste le bruit des vagues, le cri des mouettes et, parfois, le rire d’un enfant qui court sur la plage. Un retour aux sources, en somme. Une parenthèse où l’on se surprend à respirer plus profondément, à regarder plus attentivement, à écouter plus intensément.

Sugiton et au-delà : prolonger l’aventure

Sugiton n’est qu’une porte d’entrée vers un territoire bien plus vaste : le massif des Calanques. Une fois que l’on a goûté à son charme, difficile de ne pas avoir envie d’explorer davantage. Voici quelques idées pour prolonger l’aventure.

À pied : les sentiers qui mènent ailleurs

  • La calanque de Morgiou : À une heure de marche de Sugiton, Morgiou est l’une des plus accessibles et des plus animées. Son petit port de pêcheurs, ses cabanes colorées et ses eaux turquoise en font un lieu idéal pour une pause déjeuner. Ne manquez pas de goûter la bouillabaisse chez Fonfon, une institution locale.
  • La calanque de Callelongue : Accessible en bus depuis Marseille (ligne 19), Callelongue est parfaite pour une balade en famille. Le sentier qui longe la côte offre des vues spectaculaires sur la mer, et la petite plage de galets est idéale pour une baignade.
  • Le belvédère de Luminy : À seulement 20 minutes de marche depuis le point de départ de Sugiton, ce point de vue offre un panorama à 360 degrés sur les Calanques et la baie de Marseille. Parfait pour un pique-nique au coucher du soleil.

En bateau : une autre perspective

Si vous souhaitez changer de point de vue, embarquez pour une excursion en bateau depuis le Vieux-Port de Marseille ou Cassis. Plusieurs compagnies proposent des croisières le long des calanques, avec des arrêts baignade et des commentaires sur l’histoire et la géologie du site. Une expérience inoubliable, surtout au lever ou au coucher du soleil.

Cassis : le charme provençal à 30 minutes

Impossible d’évoquer les Calanques sans parler de Cassis. Ce petit village de pêcheurs, avec ses ruelles étroites, ses maisons pastel et son port animé, est une étape incontournable. Flânez sur le quai, dégustez une glace artisanale, ou embarquez pour une visite des vignobles environnants. Les vins blancs de Cassis, frais et fruités, sont parfaits pour accompagner une soirée d’été.

Marseille : la ville aux mille visages

Et puis, il y a Marseille. Bruyante, chaotique, attachante. Après l’immersion nature de Sugiton, plongez dans l’énergie de la cité phocéenne. Explorez le quartier du Panier, montez à Notre-Dame de la Garde pour une vue imprenable sur la ville, ou perdez-vous dans les ruelles animées de la Plaine. Et surtout, goûtez à la cuisine locale : panisse, pieds et paquets, navettes… Marseille se savoure autant qu’elle se visite.

Le dernier regard

En repartant, nous avons jeté un dernier coup d’œil vers Sugiton. La calanque était déjà presque déserte, baignée dans une lumière dorée. Un couple de randonneurs descendait vers la plage, leurs silhouettes se découpant sur le ciel. Plus loin, un pêcheur lançait sa ligne depuis un rocher. Tout semblait calme, immuable.

Pourtant, Sugiton n’est pas un lieu figé. Elle change au gré des saisons, des marées, des visiteurs qui y laissent une trace — parfois physique, souvent émotionnelle. Elle est à la fois un refuge et un rappel : celui que la nature, quand on lui en laisse l’espace, peut encore nous offrir des moments de pure beauté.

Alors, oui, Sugiton se mérite. Il faut marcher, transpirer un peu, accepter de se perdre pour la trouver. Mais une fois arrivé, une fois que l’on a posé son sac sur les galets et plongé dans ses eaux cristallines, on comprend pourquoi ce lieu attire autant. Parce qu’ici, entre ciel et mer, on se sent vivant. Vraiment vivant.

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